Epuisé par des heures sous la pluie et le vent
Sur le sentier qui remonte le cours du torrent
Je piétine les feuilles et la boue et je relance
Un Speed King goguenard qui m’avise et me tance:
« Alors, mon vieux, tu n’en peux plus de pédaler,
Tu pousses dans la caillasse et tu te laisse aller ? »
Le torrent gronde plus fort et les oiseaux s’enfuient.
« Mon pote, j’ai été bien ambitieux aujourd’hui
Sept heures de vélo jusqu’à Mende et tout à trac
Je décide encore de pousser jusqu’à Florac.
Mais ce bel itinéraire, ne dirais-tu pas
Qu’il égale ceux où nous avons mené nos pas?
Que la Piazza Navona jalouse Place de Jaude,
Que le lac de Charpal bat la Great Ocean Road,
Que la Loire tranquille vaut le Fleuve Jaune en furie,
Que le Puy de Dôme n’envie pas le Mont Fuji… »
« …et la Salers supérieure au boeuf de Kobé!
Tu délires de fatigue, mon vieux, mais oui j’admets
Que cette trace est magnifique et douce à mes roues
Avec ses petites routes au tracé un peu fou
Ses sentiers exigus, ses chemins de graviers
Et toujours à l’écart des grands axes routiers.»
Sentant la verve poétique monter, je glisse:
« Tu connais le poème « Heureux qui comme Ulysse… »
Eh bien! c’est ce que je ressens en profitant
D’un repas revigorant dans un restaurant
Sans façons, d’une halte dans une épicerie
Ou un café, d’une chambre dans une métairie
Où l’on est si bien, où l’on est tellement chez nous.»
…Oui, je cause à mon vélo, et alors, pas vous ?
Ps: avant Melun-Nîmes, je revenais d’un voyage d’un an Paris-Nouvelle Zélande en vélo.