Stéphane de Gravel&Bike

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MAUDIT JALABERT !

Alors que les lumières de Mende scintillaient faiblement sur cette fin de nuit, j’entamai ma traversée de la ville endormie. Le calme régnait dans les rues désertes, seulement interrompu par le doux bruit des picots de mes pneus Hutchinson Touareg sur l’asphalte.

L’ombre de la statue du pape Urbain V (Bienfaiteur du Gévaudan) posée aux pieds de la cathédrale Saint-Privat s’étirait devant moi, énigmatique autant que rassurante… Après des heures et des heures de pédalage solitaire dans l’obscurité et sous la pluie battante, je pris cette ombre comme un signe de bénédiction, un message m’annonçant la réussite possible du Challenge TourMagne.

Pourtant, mon défi le plus effroyable du jour m’attendait : la redoutable montée de la côte de la Croix Neuve, plus connue sous le nom de la “Montée Laurent Jalabert”. Plutôt courte sur le papier (3,1 km) mais avec une pente moyenne de 12 %, avec certains passages à 16 et 22 %. Ça force le respect. Surtout lorsque vous avez déjà 800 kilomètres dans les jambes et un vélo pesant 18 kg, sacoches incluses. Cette montée de nuit avait quelque chose de surréaliste, car la lampe avant de mon vélo, qui n’éclairait que quelques mètres devant moi, m’empêchait d’anticiper la pente à venir, renforçant ma solitude en cet instant présent. Toutes sortes de noms de coureurs professionnels inscrits à la peinture blanche sur le sol accompagnaient mon chemin de croix, à la manière d’un col du Tour de France, dont la fameuse réplique “Attaque de Pierre Rolland”. La mienne attendra. Tout à gauche, les jambes à un rythme de 30 tours par minute à peine, je me refusais, en ex-cycliste de route, à mettre pied à terre, alors qu’objectivement j’aurais été bien plus rapide et j’aurais dépensé moins de watts. Que voulez-vous, chacun a la fierté placée où il le peut ! De zigzag en zigzag, je m’accrochais à chaque coup de pédale avec détermination. Après un effort qui me parut considérable, j’atteignis enfin le sommet, essoufflé, épuisé et… soulagé, pensais-je alors naïvement. C’était sans compter sur l’ascension qui suivait dans la foulée, un sentier pour les fous, qui longeait la rivière du Bramont. Rien que des grosses caillasses, des ornières, des racines, de la boue… bref, un terrain exigeant qui me fit échapper quelques noms d’oiseaux dont j’ignorais jusqu’alors l’existence dans mon vocabulaire. Mais il paraît qu’injurier les organisateurs est une action plutôt saine, voire thérapeutique, lors des traces longues distances… De toute façon, comme le disait George Berkeley (philosophe irlandais du XVIIIe siècle) dans sa question rhétorique : “Quel bruit fait un arbre qui tombe dans la forêt si personne ne l’entend ?“.

Heureusement, rien ne dure, surtout pas la colère à vélo, qui s’envola à l’instant où je découvris au sommet un extraordinaire paysage géologique : les Truc de Miret et le Truc des Bondons, d’étranges buttes de marnes ayant résisté à l’érosion, ainsi que le plateau des Causses. Ce point marquait mon entrée dans les Cévennes et Nîmes se rapprochait. Je compris alors que j’allais tenir mon défi en 5 jours…

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