Guillaume Francœur

Guillaume Francœur

Que retenir de cette cavalcade enfiévrée et brenneuse ?
Nouveau vélo – le zèbre – les préparatifs éculés à boucler en même temps que quelques serrages dynamométriques, affûtiaux, tricots de peau pare-pluie et pare-frimas, enfin c’est le départ, les sacs poubelles dans le train bourgeois à grande vélocité.
Un ami physicien un peu hippie-chic me prête son appartement, un chat y frime. Passons vite.
Je trotte, enjambe des flaques : la maison de Mallarmé à Valvins : simple promeneur en yoles dacajou, mais voilier avec furie, très fier de sa flotille. Ça flotte : à tous les sens du terme, le moral aussi, un peu, enfin non, disons que l’assurance du lendemain est suspendue aux méandres du Loing incertain.
Un beau souvenir, la halte à Nevers, dans ma ville natale ; photographier la maison de naissance de Michel Vieuchange, aventurier saharien parti trop tôt dans l’inconscience cafardeuse et pleine d’élan des années mil neuf cent trente. Et puis rendre une visite impromptue à ma grand-mère, née en mil neuf cent vingt-huit. Treize suaves orchidées, elle a fait éclore, à force de paroles et de soins lents, en sa résidence Nahoma, et de ses quatre-vingt-seize ans, elle goûte encore un beau printemps désormais nivernais.
On patauge encore un peu, on grimpotte, course légère à l’échalote, les raideurs qui se déplacent du dos aux pieds, puis au genou.
C’est la pause prandiale à Blesle, Haute-Loire : billevesées, souvenirs de maison d’enfance qui refluent, soulèvent un peu le cœur tandis que l’on songe aux instants à jamais enfuis. Pédale, les souvenirs sont devant, disent-ils, mais je n’y crois pas beaucoup. Le café est bon et les montagnes d’Auvergne où je suis né austères sévères chaleureuses comme une chanson de Brassens le bougnat.
Las ! il faudra bientôt déclipser, les souliers à crics (d’Aubigné !) grincent mais le bruit est couvert par ma selle du Colorado, confortable en diable, c’est Nîmes, la Tour Magne où un Villamagnain vient de poser son petit vaisseau de titane et d’aluminium soixante-six. Des amoureux sont là pour saluer mon arrivée et prendre les photographies qu’exige la situation. La romanité est partout et elle est excellente en sorte qu’elle anticipe un peu sur la vélocipédie. Nous sommes condamnés à être toujours un peu en avance ou en retard sur nous-mêmes, guerriers appliqués, dormeurs du Val réveillés en sursaut, pédaleurs de charme : alors il faut souquer ferme vers le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, suivant cette vieille maxime blesloise lue hier : vivre avec l’amour, vive ténacité.
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