GabinoAvelo

GabinoAvelo

Malgré les dizaines de paysages dignes de carte postales rencontrés, mon souvenir le plus marquant reste une rencontre.

À Saint Flour, au Petit Casino, je rencontre Bogdan, un jeune Ukrainien de 23 ans, il rejoint Amsterdam à Barcelone, depuis deux semaines. Je le vois là petit blondinet, tout fin, dans son maillot noir et cycliste Van Rysel, un peu désespéré. Il cherche un camping pour la nuit mais le seul qu’il a trouvé est à 30km au nord et cela le fera retourner sur ces pas. La nuit approchant, il désespère un peu et me demande où je compte dormir. J’avais un peu plus tôt rencontré deux bikepackers français et je devais les rejoindre pour partager un bivouac. J’emmène donc Bogdan avec moi pour ce bivouac improvisé. Sur la route, nous échangeons et il me confie que cette aventure est venue d’un coup de tête, il travaillait à Amsterdam comme commis de cuisine et ça ne se passait pas pour le mieux, du coup il avait décidé de rejoindre Barcelone à vélo, cette ville où il avait toujours rêvé d’aller, sa maigre paye en poche. C’était son premier périple à vélo. Son vélo justement il l’avait caché à plusieurs centaines de mètres, accroché avec U, un beau gravel Cannondale gris. Je le trouvais fou de laisser son vélo si longtemps sans surveillance. Sur le chemin de notre bivouac, il me racontait ses deux premières semaines sur les routes, sous un temps horrible, il n’avait fait que pleuvoir. Une nuit où il campait dans une forêt, le vent soufflait si fort, il entendit soudain un gros craquement et un arbre est venu s’effondrer à un mètre de sa tente. Il avait eu chaud et si peur, depuis il évitait le camping sauvage. Cela aurait été un comble, mourir écrasé sous un arbre après avoir fui son pays en guerre. Il se confiait petit à petit et je lui demandais d’où il venait en Ukraine, savoir si dans son malheur il avait eu un peu de chance. Il me confie alors qu’il habitait Kharkiv, la deuxième plus grand ville du pays, à 30km de la frontière russe et la première ville envahie. Il n’avait donc plus rien là bas, sa mère l’avait rejoint en Slovaquie où il y étudiait le marketing. Il me disait qu’il ne pouvait rentrer en Ukraine, sous peine d’être enrôlé, il était bien trop jeune pour mourir… Nous avons partagé ce bivouac, avec deux bikepackers français et ensuite une matinée de vélo, dans des paysages magnifiques dont le pont de Garabit, magnifique œuvre de M. Eiffel. Le matin nous partîmes à trois, Bogdan, moi et Bobby, un chien de berger noir qui avait veillé toute la nuit sur notre campement. Je les voyais tous les deux qui filaient devant moi, dans une montée, ces deux orphelins qui m’ouvraient la route, nous étions comme trois compagnons d’infortune, dont les chemins allaient bientôt se séparer… Bobby tout d’abord qui ne pouvait suivre le rythme, nous l’avons vu s’éloigner petit à petit, c’était triste de le laisser ainsi. Ensuite Bogdan, après un bon repas partagé, je lui demandais si je pouvais l’inviter ce qu’il eut du mal à accepter mais je lui dis qu’il prenne ça comme une petite contribution, pour le périple qu’il menait. Nous nous quittions après une bonne accolade, pleine de bienveillance.

PS : j’espère qu’il pourra bientôt réaliser son rêve : dans son pays libre, rejoindre la Crimée à vélo.

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