Armorican

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Ce mardi matin, c’est le grand départ. Ca fait des semaines que je ne pense qu’à ça, malgré l’emballement de la vie quotidienne en cette période de rentrée.

Je suis arrivé à Melun la veille au soir après un trajet en TGV sans histoire et la joie de découvrir qu’en matière de transport public la région parisienne en est restée au siècle dernier. Le contraste avec notre expérience du Japon au mois de juillet est saisissant. Mais ce n’est pas ça qui va m’arrêter.

Pour ce premier jour, j’ai prévu de faire une grosse étape car le parcours paraît assez roulant. J’ai choisi de dormir la nuit contrairement aux autres « courses » de cette année. En effet, je veux pouvoir profiter de l’aventure et des paysages et traverser la France en mode zombie ne fait pas partie du projet. Je pars donc vers 6h30 et je me retrouve tout de suite dans la forêt à la sortie de Melun. Le contraste avec la ville est saisissant et toutes les pensées parasites s’effacent pour laisser place à l’aventure et au plaisir de rouler la nuit dans la forêt. Au bout de quelques kilomètres je me retrouve nez à nez avec un cerf magnifique, il s’est arrêté là à 5 mètres au milieu du chemin et me regarde sans bouger, je crois que nous sommes aussi surpris l’un que l’autre. Il est immense, j’en avais bien sûr déjà vu dans les Zoo ou de loin, mais l’impression est tout autre. En deux bonds, il s’éloigne en souplesse et s’arrête quelques mètres plus loin comme pour m’inviter à passer et à commencer l’aventure. Le moment est magique.

Le reste de la journée se passe bien, le passage dans la forêt m’a permis de laisser de côté toutes les préoccupations et je profite du voyage. Je me rends assez vite compte que les temps de parcours que j’avais imaginés, ne seront pas possible, la proportion de chemin est assez élevée, et si ça participe à rendre le trajet agréable, c’est moins efficace que par la route.

D’autant qu’on perd un peu de temps à trouver des ravitaillements, les jours suivant, je porterais une bouteille d’eau en plus de mes bidons pour être plus tranquille.
Au bout de 212 km et après beaucoup de vent de face, je bivouaque près de la piste cyclable à la nuit tombante. Les journées sont plus courtes et le temps de jour est beaucoup plus réduit que lors de mes derniers trajets.

Le second jour était annoncé sans vent et avec un peu plus de dénivelé, bilan il y avait encore pas mal de vent et le dénivelé était bien là. Les paysages sont très variés avec des bords de fleuves, de la forêt et des vignes, c’est vraiment très sympa comme trace, mais j’ai les jambes un peu usées par le vent de la veille. Il y a aussi des singles un peu plus techniques qui sont très amusants, mais pas vraiment propices à maintenir une moyenne élevée. Je bivouaque dans la campagne au milieu de nulle part, une drôle d’ambiance avec les tirs des chasseurs au loin. Il faut que je me repose car demain commence le Massif Central avec ses dénivelés plus importants.

La pluie s’est invitée en ce troisième jour, c’est même carrément la tempête par moments. C’est une étape très difficile pour moi, qui ne suis déjà pas très à l’aise dans les montées, alors avec le vélo chargé … Mais la pluie et la boue ont rendu certaines montées dans les chemins impraticables. Le vélo est tellement recouvert de boue que je n’ose même pas aller me réfugier dans un hotêl ou un gîte. Ce soir encore je bivouaquerai. Je me suis arrêté peu après Issoire, et j’ai trouvé un petit coin tranquille pour planter la tente, elle a beaucoup bougé dans la nuit à cause du vent, mais au matin, un beau soleil illumine la campagne humide.

La journée commence bien avec une belle trace très roulante, ça fait du bien d’avancer un peu après la journée d’hier, mais la pluie et le vent me rattrapent et je me fais copieusement arroser jusqu’à Massiac. Là, mon GPS fait des siennes et je perds la première partie de ma trace de la journée. C’est rageant de s’énerver tout seul après un appareil qui n’en a rien à faire alors qu’on est là pour profiter du moment …. et de la pluie. Comme il commence à faire plus froid et qu’une bonne partie de mes affaires sont trempées je décide de m’arrêter à l’hôtel à Saint Flour pour cette 4ème nuit. Et puis je ne suis pas contre une bonne douche après 3 jours de bivouac. Globalement, les étapes se raccourcissent, même si le temps de trajet lui diminue peu du fait des pauses dont j’ai besoin quand ça monte.

Le départ de Saint Flour se fait au petit matin dans la brume, il fait 5° et je me demande si je suis bien équipé pour le froid. J’aurais bien vite chaud avec les premières côtes. Il y a beaucoup de chasseurs partout, et on entend les coups de fusils au loin. J’espère que le jaune fluo dont je suis affublé sera suffisant pour éviter les balles perdues. Le ciel est plombé et il semble tenter d’arracher l’humidité à la forêt sans succès. Je continue à me prendre régulièrement des averses ce qui m’oblige à porter la veste de pluie et je suis trempé dessous car il y a pas mal de dénivelé pour cette cinquième étape. Je m’arrête à Mende ou le soleil fait enfin une apparition durable pour le début de soirée. Si je m’arrête là, c’est je n’ai pas réussi à trouver sur Internet de quoi me loger plus loin et Florac me paraît trop loin. Du coup, la 6ème et dernière étape sera plus longue, mais si le début est très accidenté, je compte sur le fait que la fin est majoritairement descendante pour finir l’étape dans la journée. De toute façon, je n’ai pas le choix, j’ai un train qui part de Nîmes, lundi matin.

Du coup, je me lève tôt pour partir à l’aurore, mais c’est sans compter sur le fait que les employés de l’hôtel ont fermé le local à vélo pour la nuit et qu’ils commencent plus tard le dimanche matin. La journée démarre avec un peu de brume, mais juste assez pour donner un charme supplémentaire aux paysages. Mais ça monte dur, très dur. Je mets près de 2h à faire les 15 premiers kilomètres. Évidemment à certain moment, on se demande ce qu’on fait là, mais là-haut, lorsque le sentier ou la petite route débouche sur les grands espaces, tout s’efface. L’effet est saisissant, les vues sont magnifiquement éclairées d’une belle lumière. Jusqu’au Pompidou, l’étape est très difficile, mais c’est largement compensé par la variété des chemins et des paysages. La fatigue et les inévitables douleurs après quelques jours de voyages, passent au seconde plan. Ce moment est magique, d’autant qu’il est paradoxalement plus facile de se ravitailler. Le côté touristique de la zone, fait qu’il y a quelques commerces et cafés ouverts en ce dimanche après-midi.

La fin, dans les gorges du Gardon est grisante, la moyenne remonte, mais c’est juste le plaisir de rouler qui compte. Une fois descendu du Massif Central, le paysage change pour prendre des accents du Sud. Il y a beaucoup de piste finalement assez cassante ou je laisserai un pneu avant qui même mèché continuera à perdre de la pression. Ca ne fera que prolonger le plaisir du voyage jusqu’à la dernière côte pour atteindre la Tourmagne. Ca y est l’aventure est terminée, c’est un sentiment étrange d’être là devant la tour et de demander à deux amoureux de prendre une photo. Je resterai bien là quelques minutes, voire quelques heures, mais je dois encore faire les 5 kilomètres pour rejoindre mon gîte de ce soir.

A peine arrivé et déjà rattrapé par le quotidien. Et le pire reste à venir … venir à bout des 13h de trajets, 4 trains et trois correspondances avec le vélo pour retrouver mes enfants demain soir.

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