Ce samedi 6 juillet, je sors de mon appartement avec mon vélo chargé de sacoches et du nécessaire pour rouler une semaine à travers la France car je pars tenter le Challenge du Tourmagne by Zefal. C’est un départ un peu particulier pour moi car voyez-vous, j’ai essayé l’année précédente et j’ai dû abandonner pour des raisons tant physiques que matérielles. Alors cette fois-ci, je me suis entrainé, j’ai adapté ma transmission, mon poste de pilotage, j’ai pesé et choisi chaque chose avec minutie pour ne garder que le strict nécessaire avant de partir.
Je connais déjà la trace pour les 3 premiers jours, mais c’est toujours un plaisir de la parcourir, la forêt de Fontainebleau est paisible, la Seine chargée des pluies abondantes passées est puissante et la vallée du Loing nous emmène rejoindre celle de la Loire. S’en suivent les coteaux du Giennois à l’est puis les coteaux du Sancerrois que je traverse avant une montée terrible dans le cœur de Sancerre. J’ai réparé 2 crevaisons, 2 mèches, un coup de pompe et c’est reparti. S’enchainent Nevers, Moulins, Saint Pourçain sur Sioule. La pente se fait plus forte, Charroux se profile à l’horizon, j’aperçois le Puy de Dôme pour la première fois. C’est déjà une émotion : je vais là-bas, c’est à portée de roues ! Oui mais il va me falloir la journée …
Charroux est dépassée et vers midi, j’atteins Ebreuil. Un ravitaillement s’impose car je sais et j’ai été prévenu qu’avant Clermont, il n’y aura plus rien. Effectivement, cette région est très peu dense de population. Les chemins pentus s’enchainent sous la chaleur, de fortes côtes qui laissent place à de fortes descentes et vice versa, les jambes sont mises à rudes épreuves. Le terrain est assez dur, les cailloux biscornus et roulants jalonnent le parcours, les pluies ont raviné les chemins et du sable s’est amoncelé en bas des pentes, il faut faire attention à sa monture et préserver ses pneus car la route vers Nîmes est encore longue.
Je suis au pied du Puy de Dôme vers 17h, j’adore ce volcan depuis toujours. C’est aussi un moment particulier car c’est là que j’ai décidé d’abandonner l’année passée. Et aujourd’hui, je passe cette étape avec presque facilité, le sourire aux lèvres, contemplant les détails du paysage, profitant de chaque instant.
La descente sur Clermont Ferrand est vertigineuse, freins puissants obligatoires ! J’arrive au pied de la Cathédrale, fin de l’étape. Il me reste à rallier le camping de Cournon ce qui nécessitera encore une bonne ascension avant une descente à pic. À 21h au camping, je suis trempé de sueur, je meurs de faim et j’ai les jambes en coton. Un repas copieux, une réhydratation sévère et une nuit réparatrice s’imposent.
Quatrième jour, 7h, je repars. La journée va être dure. Les chemins de basalte perpendiculaires à la pente sous la chaleur qui s’intensifie vont demander beaucoup d’énergie. Montpeyroux, Issoire, La belle vallée de l’Alagnon puis l’arrivée à Massiac en milieu d’après-midi. Trop tôt pour s’arrêter, j’entame la prochaine section. Mais les jambes ne suivent plus. Je n’arriverai pas à Allanche assez tôt alors je fais le choix de dormir à Auriac-L’Eglise. Qu’elle idée, alors que je venais de monter 330m, j’ai dû redescendre de plus de 250. cela ne sera pas comptabilité dans le Challenge mais ça va me faire 12000 au final. Mais qu’elle idée ! Comme si j’avais des ressources à revendre.
Jour 5, il a plu toute la nuit, et quelques averses se préparent encore. Finalement, je préfère. Il fait frais, les gastéropodes sont de sortie, comme moi, la brume donne à la montagne une ambiance particulière qui n’est pas sans me déplaire. En avant ! Rejoignons Murat, arpentons le Cantal et découvrons le Cézallier. C’est magnifique. Les troupeaux de vaches sonnent leurs cloches en paissant paisiblement. Après des routes et des chemins aussi beaux que pentus, j’atteins Saint Flour. Double double boule de glace (oui 4), coca et eau gazeuse pour se regénérer. Je laisse le Cézallier et j’entre en Margeride. Le ruban de la route de déroule, l’allure est bonne, mon cerveau divague et là, au détour d’un virage, le viaduc de Garabit se jette sur moi !
C’est vraiment le moment le plus marquant de ce voyage. Car c’est bien comme ça que je l’ai ressenti, tellement j’étais surpris par sa présence et sa taille, au point que je me suis redressé sur mon vélo. Je ne m’attendais pas à le voir là, je ne l’avais jamais vu que de loin, depuis l’autoroute 75. Il est impressionnant, majestueux, imposant et sa couleur lui va si bien.
Quelques photos et je file vers La Garde. Les jambes vont bien, je continue. Je n’ai pas de point de chute prédéfini et j’ai envie de rouler au soleil tombant, quand le soleil dessine des ombres partout. Je passe en Aubrac, ses chemins blancs et roulants sont un bonheur pour le gravel. Il est 21h quand je m’arrête à Cerverette, un camping municipal, il y a une douche, pour la journée qui suit, c’est mieux. Quelle belle journée, il est impossible de tout décrire !
Jour 6, je me suis gelé cette nuit. Je pars donc assez tôt. De toute façon, le camion poubelle passe dans le camping à 6h50, étrange. La Margeride est nappée de brume que le soleil tente de percer, quelle ambiance ! Le Lac de Charpal est immense. J’aurais bien fait le tour. Une autre fois. Ça sera une occasion de revenir. Fin de matinée, j’arrive à Mende. Je m’y restaure. Une saucisse-aligot et une discussion avec le patron plus tard, je repars, par les Cévennes, direction Le Pompidou. La montée Jalabert est trop difficile pour moi, ça sera à pied (et encore, si c’était la seule …). Le massif des Bondons offre de splendides paysages avant de descendre sur Florac Trois Rivières, étape du chemin de Stevenson. C’est une étape goûter et hydratation pour moi. Ensuite, le cœur des Cévennes, difficiles, raides, sauvages, belles. J’arrive au Pompidou en fin de journée. Je dîne et je m’allège, de fait, de tout ce que j’embarquais de comestible sur le vélo. Je regarde la dernière portion : 96 km jusqu’à Nîmes, profil de pente descendant, alors j’y vais. Je verrai bien ce que je fais à Nîmes, il parait qu’on peut dormir sur les pelouses du parc de la Tour Magne et j’ai envie de rouler un peu de nuit, ce que je n’ai pas fait jusqu’alors pour profiter des paysages. Je branche mes lampes, enfile mon baudrier fluorescent et GO.
Les 50 premiers km sont du billard, tête dans le guidon, on enchaine les virages le long du Gardon de Saint Jean comme un pilote du Tour de France. Je me dis que ça va être facile de rejoindre Nîmes. Mais après Anduze, on bascule sur les DFCI et chemins des vignobles de la région. Il fait grand noir, le terrain est fuyant, les chemins en pente, il commence à pleuvoir et des sangliers se promènent un peu partout. Ces 50 derniers km ne se laissent pas faire. Mais l’excitation donne des ailes. Enfin, vers 3h, vendredi matin, après une dernière montée infernale, j’atteins la Tour Magne dans une Nîmes endormie. Et je suis heureux.
Epilogue :
Cette semaine a aussi été celle de rencontres. Hamza avec lequel nous avons roulé de Melun à Moulins, une jeune femme cherchant son chemin qui allait d’Angers à Annecy avec laquelle nous avons fait un bout de route, ce couple de cyclistes routiers rencontrés au Lac du Pêcher auquel j’ai fait la promotion du challenge ou ces randonneurs étonnés de me croiser avec un vélo aussi chargé sur ce single.