CASTOR

CASTOR

Ce départ de Bry, où j’ai fermé pour la dernière fois le portillon de métal rouge. La traversée de la forêt de Sénart, que j’ai effectuée tant de fois en vélotaf. Le château de Nandy, où je faisais du dénivelé pour préparer l’Échappée Belle. La Seine sauvage.
Melun, le départ du Challenge Tour Magne. Les 400 km les premières 24 heures. Au bord des canaux, du Loing, de la Loire. Montargis, la Venise du Gâtinais ! Le caissier du G20 de Châtillon-sur-Loire qui m’a complimenté pour mon maillot de vélo du Liverpool Football Club.
La découverte et traversée de Sancerre, avec la première montée, celle qui passe à côté du cimetière, en poussant le vélo. Ça fait mal à l’ego. Mais il faut avancer !
La Charité-sur-Loire, très belle ville, mais pizza infecte. Pougues-les-Eaux… ça me dit quelque chose... Ah oui, c’est écrit sur ma table d’ostéo, c’est là qu’elle est fabriquée !
Le début de la première nuit, le passage de Nevers, Moulins et les bords de l’Allier… un véritable chantier. Mais il faut avancer. Je ne peux pas bivouaquer au bord de l’eau : trop froid, trop humide. J’en ai déjà fait l’amère expérience par le passé. Finalement, je bivouaque dans mon bivi + duvet au km 397. Il est 4h du matin comme prévu. Je ne reste qu’une petite paire d’heures.
Quelques kilomètres plus loin, je trouve une boulangerie ouverte : café, pains aux raisins, stock de sandwichs… et c’est reparti. Les premières heures au bord de l’Allier, la faune qui se réveille, le printemps. Une jolie côte, puis c’est Charroux, joli petit village où j’ai rencontré le plus de gens qui ne disent pas bonjour.
S’ensuit un premier coup de mou. Ça monte bien raide sur de la piste gravel, jamais de descente, alors que je n’ai même pas encore attaqué le sérieux.
Vers 13h, je décide de faire une micro-sieste de 20 minutes. C’est reparti. Un cycliste vient à ma rencontre : c’est un des organisateurs, chargé de vérifier régulièrement le tracé. Curieusement, cette petite discussion pleine de banalités me rebooste. Le cerveau et le corps me surprendront toujours.
Enfin la grande descente vers Clermont, où je prends le temps de bien me ravitailler et de faire des provisions, car le lendemain, je sais que je vais passer un dimanche entre Cantal et Lozère.
La sortie de Clermont et la redescente vers Issoire me sont agréables. J’ai de bons souvenirs de ma première traversée. Quand la tête va, tout va. Et pourtant, il y a de sacrés raidars, droits dans le pentu comme on dit !
À Issoire, super pizza que je mange en terrasse en écoutant des voisins discuter du cours des cartes Pokémon.
Re-gros raidar. Deuxième nuit qui commence. J’ai pour objectif de rouler jusqu’à 1h du matin, ce qui m’amène jusqu’à Massiac. Note pour moi-même : venir voir ce coin de jour, ça a l’air magnifique.
Là, je passe la ville et je veux commencer l’ascension qui suit pour trouver un endroit où bivouaquer. La route est coupée ! Il est 1h du matin.
Je regarde sur Strava et décide de m’engager dans une route forestière très raide. Au bout de quelques centaines de mètres, je trouve un super spot pour bivouaquer. Je plante la tente et j’envoie un message sur le Telegram du challenge pour signaler la route coupée, comme je suis le signaleur non officiel de l’année 2025.
Je me lance dans une grosse nuit de trois cycles de sommeil, soit 4h30, bien au chaud dans mon duvet. Mais au bout de 3h, je me réveille. J’ai froid. Ce n’est pas normal. J’ai un très bon duvet, mais celui-ci est en train de s’humidifier à cause de la condensation dans la tente. Vite, je saute du lit et range mes affaires. Il faut que je me réchauffe.
Je regarde mon téléphone et je vois que les organisateurs m’ont donné un itinéraire pour contourner la route coupée. Il est autour de 4h du matin. Ces gens ne dorment pas ?
Je redescends jusqu’à Massiac pour prendre l’itinéraire bis… qui, bien entendu, monte fort. Le dimanche matin commence par un superbe lever de soleil en direction d’Allanche et du lac du Pêcher. Ça monte, mais il y a aussi de belles descentes, le deal est respecté. Cela me va.
J’ai le moral, même si j’ai quelque chose qui me taraude au fond de la tête : je sais que je vais devoir bivouaquer une nouvelle nuit. Il va falloir que je trouve un moyen de faire sécher mon duvet. En attendant, direction Murat pour le petit-déjeuner ! Re-stock de sandwichs. Vive les boulangeries.
De grosses montées dans des paysages magnifiques, avec vue sur le massif du Sancy enneigé. La redescente vers Saint-Flour est plus compliquée. C’est comme ça, il y a des hauts et des bas... et du vent de face aussi.
Passé Saint-Flour, où je me suis ravitaillé en eau, je cherche un endroit confortable pour faire la sieste. Je ne veux pas être visible depuis la route. Compliqué à trouver quand on cherche depuis la route.
Dans une côte, je finis par trouver. Je déballe mon duvet que j’accroche à un arbre. L’objectif est de dormir 1h30. Mais je n’y arrive pas vraiment. Le vent me fait frissonner, trop de bruit, peur que mon duvet s’envole.
Je repars en direction du viaduc de Garabit. Le célèbre pont de Gustave Eiffel. Grosse claque : il est magnifique.
À Saint-Chély, je me fais emmerder par des mecs dans une voiture. En traversant la ville, une voiture est garée sur le côté, un mec gesticule. Le sang monte… C’est quoi son problème à celui-là ? Finalement, je reconnais Olivier et fais la connaissance de Julie, qui me suivent sur WhatsApp et viennent m’encourager. Je leur demande de l’eau. Ils n’en ont pas…
Après Saint-Chély, de magnifiques paysages. On entre dans un pays presque enchanté. Un habitant qui fait son potager me procure de l’eau. Je ne traîne pas : j’ai pour objectif de me rapprocher le plus possible de Mende.
La montée au col du Cheval Mort ressemble à une haie d’honneur, ma frontale réfléchissant sur les piquets qui servent à délimiter la route lorsqu’elle est sous la neige.
La descente vers Mende est longue et difficile, je suis très fatigué, je commence à perdre en lucidité. Je chute dans un buisson isolé, ce qui m’évite de m’empaler sur une haie de barbelés. Je dois dormir, mais je sais que je suis trop haut, qu’il fait trop froid, qu’il y a trop de vent. Il faut que je continue pour trouver un endroit moins hostile.
Je finis par trouver une forêt accueillante avant une heure du matin, où je fais ma plus grosse nuit en bivi + duvet. Environ 4h.
Je termine la descente vers Mende, puis c’est la montée Laurent Jalabert. Elle ne me fait pas peur, mais je me retrouve à pousser. Pas de jambes.
Il faut que je retrouve Florac le plus vite possible. Là-bas, petit déjeuner et café.
En attendant, je n’ai presque plus de provisions, et la deuxième montée après Mende est longue. Je marche beaucoup trop à mon goût.
Au sommet, et au début de la descente, des sapins effondrés par le vent transforment le chemin en parcours d’obstacles. Maintenant, en plus de pousser, je porte, j’enjambe, je casse des branches...
La descente vers Florac est géniale, j’avance enfin ! Mais j’arrive en bas frigorifié. Je suis réchauffé par le petit déj, un grand café, et la présence de Maxime qui vient faire un bout de route avec son vélo. Le tout me redonne de l’énergie.
Mais l’arête d’une passerelle vient abîmer ma jante. Le liquide préventif tente tant bien que mal de colmater la brèche. Je regonfle plusieurs fois, on avance par sauts de puce. À force, le bout de la valve casse… et garde avec lui l’embout de la pompe.
La roue ne perd pas d’air, et on peut encore la regonfler. Miracle dans mon malheur.
La très longue descente depuis Pompidou se fait à un rythme de sénateur. Un virage trop brusque, un nid de poule, ou un freinage un peu fort, et je dois pomper.
Saint-Jean-du-Gard, Anduze… Maxime doit me quitter : il ne peut pas suivre sur les dernières portions gravel.
Je veux arriver avant 20h. J’avance, j’avance, j’avance. J’effectue la montée de Montagnac en jaugeant mes forces. Je suis rassuré : je vais pouvoir monter le tire-cul sur mon vélo.
Dernier village avant Nîmes : Gajan. En passant sous un pont, je tape un peu fort la roue avant. Elle a l’air d’avoir tenu. Je me retourne… la roue arrière est à plat. Pas de trace de liquide préventif, mais il reste un peu de pression.
J’essaie de la regonfler avec ma pompe cassée. Échec. Je repense à Maxime et à sa bombe anti-crevaison qu’il m’avait proposée… et que j’ai refusée.
Il ne reste même pas 20 km.
Je commence à appeler mon répertoire pour qu’on m’amène une pompe. Mon royaume pour une pompe !
Un cycliste arrive. Il n’a pas de pompe, mais me propose de le suivre jusqu’à chez lui pour regonfler ma roue arrière. Merci François, de Gajan.
Le soleil est en train de se coucher lorsque je monte le tire-cul au sprint. Yann m’attend. De Nîmes, il est le dernier finisher de 2024.
Je suis à quelques mètres d’être le premier de 2025.
La Tour Magne. 87 heures, 19 minutes et 20 secondes.

Un grand merci à Marie et Maxime. Merci également à Olivier et à mon comité d'acceuil de la Tour Magne.
Pour la première fois, j’ai essayé de faire vivre l’aventure à travers un groupe WhatsApp. Un genre de journal de bord, à la fois pour rassurer mes proches et les tenir informés de mon avancée. Exercice difficile, où l’on ne veut pas trop en dire, pour ne pas inquiéter.
Merci à tous ceux qui ont suivi. Vos simples émojis m’ont beaucoup aidé.
Merci à ma famille, merci à mon grand-père.
Enfin, merci aux organisateurs du Challenge Tour Magne. À ceux qui l’ont créé, à ceux qui le font vivre.
Cette trace est une succession de paysages magnifiques. La suivre, c’est comme si vous aviez un ami dans chaque région de France qui vous montre les plus beaux endroits de chez lui.
J’ai vécu une aventure exceptionnelle. Merci, merci, merci.

On m’a demandé combien pesait mon vélo chargé. Pour ne pas me miner le moral, j’ai attendu le retour pour le peser : verdict, 20 kg !

 


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