Les jours défilent au rythme de nos coups de pédale. La pluie, la boue, le vent, la neige, tout est là pour nous freiner mais rien n’arrête notre détermination, notre volonté d’aller voir plus loin, au-delà de cette forêt, derrière cette colline, en haut de cette montagne, sur l’autre rive de cette rivière en crue. La nature est belle, rude, sauvage, on traverse le vide, mais on n’est pas seul. Un vol de grues juste au-dessus de nos têtes salue d’un grand V notre arrivée au col de Combalut. Là, les petits doigts d’une loutre sur les berges inondées de l’Allagnon. A-t-elle réussi à se saisir d’un saumon? Ici, un gros gibier a laissé son empreinte dans la boue du chemin, là encore, ce renard divagant qui a parsemé la neige de petits trèfles à 4 feuilles. Et de loin en loin, de robustes chevaux qui nous regardent passer ou ce troupeau de vaches Aubrac accompagné de son splendide taureau qui arpente l’herbage de son pas martial.
Ce sont de belles rencontres, Thomas notre livreur de vêtements, croisés dans le Val de Sioule en route sur son tricycle pour Lens et ses corons ; des habitants attachés à leurs terres, qui animent des petits lieux de vie qui réchauffent et réconfortent. Le gîte communal de Valuéjols, ouvert exprès pour nous 4, où l’on arrive trempé et transi de froid. Saint-Denis-en-Margeride, son café si chaleureux et la patronne au comptoir d’une tristesse infinie ; son «homme idéal» est parti voilà déjà 3 mois. Il est là dans son cadre sur une table près de la cheminée qui flambe. Il nous regarde. On continue notre chemin.
La parenthèse hors du temps se referme le temps d’une bascule dans l’autre monde, celui du bruit, de la fureur, de la crasse. Ce sont d’autres empreintes qui nous agressent, plus durables celles-là, laissées à notre appréciation le long des talus et des fossés. Un autre type de taureau se fait alors très présent. Quelques cinglés qui manquent de nous renverser, surtout ne pas oublier le monde et ses dangers!
Et on s’évapore à nouveau.