Sur les épaules de Léon Giran-Max et Marie-Antoine Barret.
Il ont les épaules assez larges pour m’avoir porté tout au long de ce parcours.
Chaque portion de piste, de sable, de gravier, de sous bois humides, de pouzzolane, d’argile collant, de roche volcanique, d’arène granitique, de cailloux calcaires cassants, de lit de glands de chêne craquants sous les roues, de branches de ronces vagabondant insidieusement hors du talus (pschitt!), de terre lourde enherbée cahotante et épuisante, d’ornières mares à têtards et pieds mouillés… a conservé leurs empruntes de roues dans ma tête.
Chaque portion de paysage met en éveil tous les sens. Plus encore la topographie soumet l’effort au plus profond du corps cette sensation de plénitude lorsque il n’est plus ressenti et que les paysages défilent, ou cette joie lorsqu’il est ressenti et semble puissant, prêt à avaler toute côte qui se présente, mais aussi douloureux lorsque les cuisses n’en peuvent plus pour atteindre ce col, ce sommet…libérateur, et on se sent soudain oiseau dévalant le long ruban d’asphalte, enroulant les courbes comme les rapaces les ascendances.
Quelle joie, quelle peine, quelle douleur ont ressenties Léon et Marie-Antoine le long de ces 9 étapes? Certainement les mêmes que moi, dans les côtes interminables ou devant la découverte de paysages époustouflants à la sortie d’une courbe, d’une forêt, d’une butte.
Quelles étaient leurs „bécanes“, à roues pleines ? 1, 2 braquets ? Pas d’asphalte mais des pavés ? Des freins ou des chaussures cloutées ? Quelles cartes utilisées ? Et leur équipement ?
Rien d’équivalent, c’est léger, sur mon „gravel“, équipé de vêtements techniques que je suis la trace sur GPS.
Certes depuis 1897 le paysages, villes, routes et chemins ne sont plus les mêmes, tout a été refaçonné, enlaidi, uniformisé, facilité, transformé. Peut on imaginer ce qu’ils étaient ? S’ils sont passés par ici, une route, un chemin? et par là, la campagne, les hommes aux champs devenu lotissement vide en journée? Tout au long du parcours ces questions ne m’ont pas quittées.
Rien non plus de comparable mais le parcours du challenge réserve le meilleur de ce qu’il eut été possible de tracer en authenticité et en plaisir sur les 930 km déroulés.
Je ne pourrai dire quelle a été mon étape marquante car toutes m’ont procuré la variété de ces sensations tant recherchées dans le voyage à bécane. Pour qui sait regarder, il existe des merveilles partout, à commencer par ce chemin creux où on rentre comme dans un tunnel dès la 2eme étape. Puis, à partir de la descente de la Margeride j’ai poussé maintes fois des waouuuuuh de joie.
Pas de compétition pour moi, mais tout de même un sacré challenge. J’ai eu mes coups de pompe, mes pneus aussi. Une demie journée de repos à Clermont pour changer les pneus (à la corde et lacérés) et laisser tomber la pluie aura peut être raison de mon classement au Challenge. J’en serais déçu mais surtout peiné si je ne recevais pas le journal de bord des deux compères qui me font rêver depuis plus d’un an et qui m’ont porté sur leurs épaules au cours de ces 930 km et plus.
Mon GPS, Garmin Etrex, trace peu visible sur écran et pas d’avertissement lorsque l’on s’en éloigne, m’a joué des tours et retours. Je n’aime pas avoir le nez dessus, préférant savourer le paysage, humer les odeurs de terre mouillée, de champignons, jouer avec un faon au plus rapide, laissant la trace bifurquer ; qu’à cela ne tienne, il a gagné surtout au saut de clôture…je fais demi tour. Ou encore, plus pénalisant, oublier de regarder la distance parcourue avant d’arrêter l’étape (Breuil sur Couze).
Parti seul, les rencontres locales en ce mois de septembre assez maussade n’ont pas été nombreuses. Je retiens celle du propriétaire de la maison au point d’arrivée à „Le Pompidou“. Après un bref échange „Ah, le Paris-Nimes“ (il en voit passer des vélos!), me voila assis à sa terrasse dégustant le raisin de sa treille et lui racontant l’histoire des 2 compères de 1897 qui se sont peut-être arrêtés dans cette maison ?
Mon arrivée à la tour Magne – est-ce la côte infernale qui précède ? – a été une explosion émotionnelle de rires, de pleurs, de larmes et de joie mêlées.
Ce n’était pas gagné, je l’ai fait, sur ma bécane et leurs épaules.
Challenge effectué du 4 au 13 septembre 2025.
Merci à Léon Giran-Max et Marie-Antoine Barret, merci au découvreur et initiateur de ce challenge, merci aux traceurs, merci Zéfal.
Denis (Velisar)
