Philippe Semidei

Philippe Semidei

Récit de mon défi de la Tour Magne et du Monte Cristo 3,5

Août 2024, Paris. En balade sur Facebook, je tombe sur la publication d’Elisabeth sur le compte de l’Audax club Parisien “BRM le challenge de Tour Magne”.

La curiosité d’abord, puis l’intérêt et un grand élan d’enthousiasme pour un des premiers BRM Gravel de l’ACP m’incitent à y participer. Voilà un super défi qui me donnerait l’opportunité de profiter du soleil à l’arrivée et découvrir véritablement le Gravel en autonomie. Mais en regardant bien les dates, un détail me saute aux yeux : l’arrivée à Nîmes est prévue le 13 septembre au soir, au plus tard. Après un rapide coup d’œil à mon calendrier, je peux confirmer mes craintes : je me suis déjà inscrit au 1er Monte Cristo Challenge qui aura lieu à la Ciotat le 14. A première vue, faire 950 km dans une discipline que je ne maîtrise pas pour arriver la veille au soir à 150 km d’une autre course dans une autre discipline serait très gourmand et de vouloir terminer les deux un brin fou !

Le Monte Christo challenge est l’évènement d’eau libre le plus important en France et en Europe il à lieu tous les ans en juin à Marseille, je l’avais terminé il y a quelques années mais cette année c’est la première fois qu’un challenge aura lieu à La Ciotat je me suis inscrit car les places sont vendues dans la journée et doit y nager le 3,5 km sans palmes le samedi 14.

Un rapide coup d’œil (trop rapide) à la distance du Challenge Tour Magne me convainc cependant que je peux faire les deux il suffit de faire des étapes un peu plus longues c’est-à-dire faire environ 170 km par 24h.

Mon expérience en ultra (2 PBP, 1 BTR et mes BRM) m’octroie cette confiance en papier alors même que ce sera ma première véritable « expérience » en Gravel, mais après renseignement pris auprès d’Elisabeth c’est du Gravel pas trop engagé, et quasi parfait pour une entrée en matière de la discipline.

Bref, gonflé à bloc par ma suffisance je m’entraîne tout l’été à nager en mer car je ne m’entraîne jamais à la nage à Paris en piscine, qu’il fait trop chaud en Corse pour le vélo cet été et que dans ma tête c’est le second défi qui m’apparaît le plus tendu.

Me revoilà donc le samedi soir à Melun sur mon lit Picot et le vélo chargé, anxieux d’une météo que l’on prévoit assez humide et du poids de ma machine.

J’ai conformément à ma table de route réservé les 3 premières nuits en hôtel la première à Crosnes-sur-Loire, (la trace y passait) la seconde à St Pourçain sur Sioule, et la troisième à Royat. La première étape prévoyait 170 km, la seconde 175, et la 3e 105 km car je voulais voir la ville ou mon grand père partait en cure tous les ans pendant 10 ans et je me suis persuadé que la traversée des Puys serait exigeante et de mon expérience de l’Auvergne (arrosée). Ensuite par prudence et par philosophie je m’étais refusé à réserver, également parce que Murat et Mende semblaient pouvoir être suffisamment pourvues en hébergements pour pouvoir le faire en dernière minute.

Les 3 étapes suivantes devaient me conduire ensuite à Murat, Mende et Nîmes dans un alignement parfait : Samedi Melun/Crosne, Dimanche Crosne-St/Pourçain, Lundi St Pourçain/Royat, Mardi Royat/Murat, Mercredi Murat/Mende, Jeudi Mende/Nîmes, tout cela aboutissant à une arrivée le Jeudi en soirée pour pouvoir le Vendredi matin prendre un train pour Marseille, et après une correspondance être en fin de matinée à La Ciotat, ou j’avais réservé mon hébergement pour 2 nuits.

Ce plan était tellement parfait que j’ai même invité ma femme dont la rentrée avait lieu la semaine suivante à me rejoindre à la Ciotat ou il fait quand même souvent beau et ou l’on peut se baigner encore à la mi-septembre.

Voilà ce que j’avais prévu et organisé mais c’était sans compter sur les difficultés inhérentes au Gravel.

Le départ, Samedi porté par l’enthousiasme se passe bien peut-être un peu trop vite et je me rends vite compte que si les sorties de route et le roulage en forêt, sur herbe ou sur chemins même roulant ne se font pas à la même moyenne, le retour sur route est lui aussi un peu plus lent, je mets cela sur le poids cumulé de ma machine et mon faible mileage des 2 derniers mois.

Cependant je m’aperçois également qu’il existe une grosse différence de niveau entre ceux qui filent sur terrain et moi qui progresse seulement.

La première journée fera 185 km et sera longue, en effet d’un dernier ajustement de la trace il résulte que celle-ci évite Crosne d’une bonne dizaine de kilomètres. Ce qui m’oblige à « sortir » de la trace et rouler 12km de plus mais également me promet la même chose demain matin. Les aléas du direct !

À Cosne heureusement j’ai un Airbnb qui a une machine à laver le linge car nous sommes passé par pas mal de forêts et il a pleuvioté, ce qui a rendu les chemins boueux collants, et ont donné à mon vélo et mes affaires cette touche Gravel / VTT si caractéristique. J’avais avant la tombée de la nuit acheté des vivres et des œufs (grosse confiance en Gravel) pour manger au diner ou ou petit dej’ ce que j’ai fait seul 2 œufs étaient brisés ! Malheureusement entre la lessive, le séchage, le dîner et le petit déj, j’ai aussi bien dormi et n’ai pas réussi à partir très tôt, je quitte la chambre à 7:30. Ce qui veut dire que je ne serais sur la trace au mieux qu’à 8 heures car je dois refaire les 12km qui vont m‘emmener à St Satur et à Sancerre. La montée sur Sancerre ça c’est sûr je me m’en souviendrai car je suis obligé de descendre de vélo c’est trop raide et caillouteux et ça dure ! Sancerre c’est assurément joli mais je n’y traîne pas il est trop tôt encore la descente aussi est scabreuse ! Dans les cailloux sur une pente trop forte, j’écrase mes freins (aparté ; pour le gravel et le vtt les freins à disques ok je comprends, surtout que mon command bike est chargé que le pilote n’est pas léger) bref, là il faut un peu de chance pour ne pas éclater ses pneus quand même d’ailleurs j’apprendrai plus tard que Stephane y a crevé les 2 pneus et que nombre de concurrents sont descendus de vélo ! A ce moment, j’ignore encore qu’on pouvait le faire conditionné par ma pratique de la route ! N’empêche je sors de cette descente remonté … contre le traceur et pestant sur cette pratique. Mais ensuite, la trace que je regarde un peu comme le fouet d’un sadique, nous épargne les « up and down » de la route pour nous faire prendre un pont de fer riveté (il faut rouler entre les rivets émergents) mais c’est joli et rare une trouvaille.

La suite de la journée s’enchaîne entre recherche de boulangerie et progression lente, nous suivons un fleuve puis un autre passons dans des vignes, entre des champs de maïs, de tout un tas de culture, des forêts, des chemins et des routes et cela commence à monter on monte sur des collines, puis des plateaux, descend de petits vallons, et remontons. C’est bucolique et fatigant mais jamais une seule voiture, ni d’ailleurs de personnes, on entre dans la vide. Notre seule compagnie est celle des collègues que l’on croise quand l’on s’attarde ou que ce sont eux qui s’arrêtent.

Après avoir suivi la Loire, nous finissons dans l’après midi à longer l’Allier qui m’accompagnera bien longtemps sur ce périple. Nevers, Moulins et finalement St Pourçain sur Sioule ou l’Ibis budget sera le point de ralliement d’une bonne poignée de cyclistes. Évidemment arrivé à la nuit la restauration est succincte, mais je me dégote un bocal de cassoulet à l’ancienne au je fais chauffer au micro-onde à disposition.

Le lendemain, il pleuviote nous sommes nombreux à traîner un peu plus que de raison au petit déjeuner. Moi je redoute la traversée de la chaîne des puys, je sais ce que l’Auvergne peut réserver comme difficultés cycliste surtout si l’on s’aventure hors des chemins et je redoute cette étape, j’ai donc prévu de m’arrêter à Royat (banlieue chic de Clermont Ferrand) ce soir et de ne pas chercher à m’approcher des 160km mais de rester à 100km car le dénivelé annoncé est plus du double. Des deux premiers jours et bien qu’ayant mieux dormi que la plupart des participants du Challenge je ne me suis pas trouvé très impressionnant en me comparant à eux.

La seconde raison qui m’a décidé à m’arrêter à Royat n’a rien à voir avec le challenge mais c’est la curiosité, mon grand-père médecin avait pris l’habitude d’y passer 3 semaines en cure le mois de Septembre et c’était inhabituel de sa part de s’éloigner de son Île. Quand le pèlerinage familial coïncide avec la crainte de l’épuisement et l’attrait d’une chambre d’hôtel qui sert en plus une truffade traditionnelle exemplaire, rien ne sert de tergiverser il faut se soumettre.

Cette étape sera effectivement plus difficile, plus pentue mais aussi plus jolie avant de traverser les puys nous avons d’abord soigneusement évité toute forme de civilisations, villages ou regroupement d’habitation, Charroux et Ebreuil seront les plus grosses mégalopoles que nous visiterons avant de littéralement fondre sur Clermont Ferrand et pour ma part remonter tout en haut de Royat …

À Royat, j’ai du temps donc je visite un peu je lave un peu et assez vite je me dis que mixer ces deux contraintes ne fut sans doute pas ma meilleure idée.

En effet, je me pense à ce moment quasiment dernier car j’ai arrêté de rouler bien trop tôt, les autres et moi aussi si j’avais continué, ont sans doute eu le temps de dépasser Clermont et d’arriver tardivement quelque part entre Clermont et Issoire avant la tombée de la nuit. Je décide donc de me lever tôt demain matin et surtout de prendre une décision.

En effet depuis le début, je me suis fixé comme objectif d’arriver le jeudi à Nîmes afin de pouvoir en y prenant un train le soir ou le matin tôt retrouver vendredi matin ma femme à la Ciotat retirer mon dossard et nager Samedi les 3,5 km du Challenge Monte Christo, or ce qui me affecte et me rend pessimiste c’est mon rythme de progression que je trouve lent, de ma faible capacité à hausser mon rythme.

Or passé Issoire le défi fait un zigzag, au lieu de continuer tout droit vers le sud, il oblique à l’Ouest toute pour rejoindre le plateau d’Allanches (de sinistre mémoire à tous les participants de l’Etape du Tour 2011) et Murat ! Et ensuite de Murat revenir plein Est en direction de Mende.

Autrement dit, il y a là de nombreux km à faire dans un contexte difficile qui ne me rapproche pas vraiment de Nîmes et il n’y a pas non plus de gare envisageable en cas de problème pour me rattraper.

Au matin ma décision est prise je sors de la trace à Issoire, et je trace en direction de Nîmes via la route la moins fréquentée possible pour « assurer ».

Le lever de soleil sur le lac à la sortie de Clermont est magnifique mais la remontée sur le plateau dans les cailloux trop difficile pour moi, je la finis à pied. En étant parti tôt, je me rends compte que je ne suis pas si en retard puisque de nombreux collègues ont dormi à Cournon d’Auvergne et à Coudes ou je prends mon petit déjeuner au soleil.

Néanmoins j’avance toujours lentement y compris sur les parties roulantes aussi arrivé à Issoire je valide ma décision, passe à la poste me renvoie à la maison un carton d’affaires typées (gravel, lampe de secours, food poach, m’allège d’1,7 kg et prends la route pour Brioude en passant par les petites routes, qui a le grand mérite d’être dans l’azimut de Nîmes.

A Brioude je décide de prendre une route qui me paraît plus jolie qui passe par vieille Brioude et qui est comme les gorges de l’Allier, route panoramique et village de caractères, hop ! J’embraye ! Et effectivement la D585 (je crois) est vraiment une très belle surprise, route agréable qui longe et surplombe le fleuve devenu rivière, coupe des forêts et laisse admirer des villages nichés autour de surplomb et couronnées par des murailles, des châteaux ou des abbayes. Le temps semble s’y être arrêté me voila dans une capsule temporelle des années 50, au temps des bérets, des gitanes maïs et des tracteurs Massey Ferguson. Seule la petite ville de Langeac avec sa mini zone commerciale à l’entrée et sa signalétique « moderne », me sortent de mon film en super 8.

Il fait beau, le paysage est vraiment magnifique j’avance enfin correctement aussi c’est tardivement et passé Langeac que je me mets en quête d’un gîte et d’un couvert. Je suis très confiant en m’arrêtant à Chanteuge devant l’Auberge qui me paraît grande et fort jolie, hélas la bâtisse imposante n’a que 6 chambres, toutes prises ! Dans un éclair de lucidité je demande à la patronne où elle me recommande de passer la nuit et là je vois que l’effort intellectuel que je lui demande n’est pas rassurant, comme elle n’a pas l’air particulièrement demeurée ou lente je commence à deviner que désormais ma nuit pourrait être longue sur le vélo et courte en sommeil.

Finalement elle se rappelle qu’un camping existe à Prades 12 km, mais ne sachant pas s’il est toujours ouvert ni s’il a des places « en dur » car je n’ai ni tente ni duvet avec moi, nous l’appelons et je réussis à convaincre le responsable qui me promet la « Cabane du Berger », je n’ai pas le temps ni la présence d’esprit de lui demander en quoi cela consiste, je me fais expliquer ou et promets d’arriver dans l’heure car il est déjà 18:30.

Les 12 km suivant j’accélère mais le terrain n’est pas si plat, et je n’arrête pas de me demander à quoi peut ressembler la  « Cabane du Berger » !

J’arrive enfin, non sans m’être fait remarquer à l’unique café du village qui fait aussi épicerie et apérobic car j’y demande mon chemin.

Et me voilà au crépuscule bien entamé au camping, ou j’ai la joie de découvrir que la cabane est une chambre en bois munie d’un grand lit, de l’électricité et d’un radiateur à bain d’huile.

Le responsable me donne une serviette de toilette, des draps et une couverture, la vie est belle. En revanche, je dois choisir entre « prendre une douche » tout de suite (à l’autre bout du jardin) ou aller tenter de me restaurer au bar avant qu’il ne ferme et revenir pour la douche. Tout ceux qui me connaissent savent qu’il vaut mieux m’avoir en photo qu’à table et c’est tout naturellement que je me retrouve en cuissard au bar ou je commanderai à peu près tout ce qu’il peuvent me servir a savoir Caesar salade, frites et planches de charcuterie et fromage et fruit.

 

Ma collation terminée je retourne à vélo au camping pour me doucher et dormir, évidemment désormais il fait nuit noire et la traversée de toute la longueur du camping dans le noir absolu nécessite ma frontale. Prades est le confluent de 3 rivières, autant dire que niveau humidité c’est bien pourvu, quand on connaît un peu l’Auvergne, on sait que la combinaison humidité absence de soleil peut donner des températures revigorantes dans ce pays et je vous confirme que la traversée du camping de nuit à la sortie de la douche mal séché en slip restera un souvenir thermique.

La nuit je doublerai la couverture et mettrai le radiateur, j’ai une longue histoire de souffrance thermique en Auvergne aussi ai-je tendance comme tous les traumatisés à désormais sur-réagir.

Ma nuit fut douce, le silence absolu. Ma seule peur fut, lors de ma miction matinale que je m’autoriserais aux aurores dans le jardin près de la cabane, d’entendre du bruit sur ma droite ce qui dans un réflexe reptilien venu du plus profond de l’histoire des hommes, me fit tressaillir avant d’apercevoir une biquette sortant de sa propre cabane vraisemblablement surprise par mon activité d’arrosage matinal.

Le lendemain, revigoré par ma journée de la veille au soleil et sur un terrain relativement plus facile que celui auquel j’avais renoncé, je me lançais confiant et plein d’ardeur, cette ardeur fut calmé à la vitesse de l’éclair à peine avais je fini de sortir de Prades par un petit chemin qui longeait de magnifiques vergers que je tombais sur un pont sa plage, et son rocher protecteur une image de carte postale, magnifique endroit que je photographiait encore quand je vis un panneau comme ceux que l’on voit sur les cols du tour.

Col de Peyra Taillade 8,5 km entre 7,4 et 14%, bon je me dis que c’est le prix à payer pour ma chance, une sorte d’octroi à l’envers pour sortir des gorges et je pars. Le panneau est exactement 30 mètres après le pont et le panneau de sortie de Prades.

Rétrospectivement je me dis que j’ai vraiment eu du bol de m’arrêter hier à Prades parce que si j’avais laissé passer la « cabane du berger » j’aurais du  monter ce col de nuit et cela aurait sans doute gâché la belle perception de ma journée dans les gorges.

Le pire n’est jamais décevant, l’Auvergne non plus et ce col fût étonnant.

Il commence de façon assez raide mais bon, même si mon attelage est lourd, je suis confiant cette année j’ai fini Luchon Bayonne et ses 6200 m de D+ en moins de 24h, je sais qu’à mon propre rythme en prenant mon temps je vais transpirer mais je vais le faire. Et effectivement je transpire puis le col semble s’aplatir jusqu’à un croisement je continue et voit arriver sur le bitume des peintures « Vas y Romain » puis Bardet je comprends que je suis sur une des routes d’entraînement de Romain Bardet natif de Brioude et à un moment je lis « Ça va BARDET » je rigole avant de comprendre que je viens de dépasser le point de départ des pourcentage les plus dur, et effectivement désormais cela monte sévère ! Je m’emploie de plus en plus jusqu’au moment ou je passe devant le panneau qui tous les kilomètres indique la pente moyenne sur le km à venir et là je reste « con » 14% de pente moyenne sur le km… à venir ! Allo Maman bobo je m’assoie et commence à compter dans ma tête un, deux, trois, quatre… Si le vélo “c’est de la voile” comme le dit Guimard c’est surtout vrai en peloton et sur le plat, en montagne en revanche c’est de la danse, et il faut un bon rythme, le tien !

Je pensais que cela n’existait pas en France, des pourcentages plus élevés bien entendu, mais on les retrouve sur 20, 30 ou 50 mètres maximum 100 à la limite, jamais sur un kilomètre de long,  je pensais que les Ponts et Chaussées y veillaient et ne le permettaient pas sur une route autorisée aux camions ! Toujours est-il qu’effectivement je vais me fader environ 1,3 km à 14% car arrivé au village de Saint Berain ou je m’arrête pour souffler et reprendre mes esprits cela continue d’ailleurs repartir dans cette pente ne fût ni facile ni commode.

Heureusement comme tous les cols celui-ci finit par arriver à son point culminant et venté ou je comprends que je vais désormais redescendre vers un plateau beaucoup moins joli et que j’aperçois devant moi.

La descente n’est pas aussi pentue que la montée mais elle est rendue dangereuse par des portions de route bien défoncés. Je roule désormais sur une route sans charme et enchaîne des villages sans cachets je passe Bains ou hier encore je pensais pouvoir trouver un hôtel ! Rien ! Je roule donc jusqu’à Cayres ou je trouve un proxy et une boulangerie ouverte ! Youpi ! Ensuite je me retrouve sur la N88 « la route du soleil » et des camions cons que je décide de quitter coûte que coûte à la première possibilité. Ce sera à Pradelles village étape du Chemin de St Jacques que je suivrai avant de caler mes roues sur celui de Stevenson !

Langogne, Luc, La Bastide me voila sur la route des Cévennes longeant le Gévaudan austère et sauvage contrée où l’on imagine effectivement très bien qu’un loup ou sa meute puisse survivre à l’abri de la frénésie humaine. Depuis que je suis sorti de la N88, la route est redevenue jolie, voire belle, pas évidente car elle chemine « à flanc » de ce qui doit être un plateau Auvergne d’abord Cévenol ensuite en clair elle monte et descend sans arrêts et il y’a de l’air pas toujours du vrai vent mais il y a de la résistance. Donc je vais lentement je prends le temps de m’arrêter aussi La Garde Guerin, le lac de Villefort etc..

Le soleil manque un peu, le ciel est voilé et s’il n’est pas menaçant il n’est pas rassurant non plus, je me console et positive en me disant qu’il était prévu un peu de pluie à Murat aujourd’hui, j’avance moins vite que la veille mais cette fois je me motive différemment pour moi il est évident que mon salut pour la nuit je ne le trouverais qu’à Alès au Campanile ou à Ibis et que pousser jusqu’à la ville a 2 avantages me garantir un hébergement réparateur et me rendre facile la journée du lendemain en effet Ales Nîmes ce ne sont qu’une soixantaine de kilomètres et plats cette fois. Donc je roule, je roule toujours au crépuscule toujours à cause de ce « up and down » qui finit d’ailleurs par une grande montée un col taillé au milieu de la roche qui me fait basculer vers les faubourgs (très moches) d’Alès.

A Alès, le Campanile est complet mais le Ibis m’accueille je prends ma chambre à 21h.

J’aimerais laver mon linge mais la laverie automatique devant l’hôtel vient de fermer elle rouvre demain matin, je décide donc de souscrire à l’offre petit déjeuner et vais me doucher, non sans mettre assuré que je pouvais manger jusqu’à tard !

Ces 160 km auront été une aventure, respecter une trace cela peut être fastidieux quand la route devient dure mais c’est aussi se reposer sur quelque chose de « reconnu » de pratiqué, validé, sortir d’une trace faire son chemin sans le retour d’expérience préalable, de rien ni personne en dehors de son ressenti cela génère une « instabilité » mentale permanente et un stress important, il faut aussi savoir se rassurer, évacuer l’inutile pression, garder ses capacités de réflexion et se méfier autant des fulgurances de son « intelligence », que de ses tendance à « bourriner », car les deux t’envoient dans les emm…. Il y a des statistiques très précises là-dessus.

Bref, le lendemain la matinée est ensoleillée et grasse car je traîne puis me rends à la laverie avec mon linge sale et lance une machine pendant que je prends mon petit déjeuner puis le temps de le faire sécher, un deuxième café.

Les 50 km séparant Alès de Nîmes seront fait à bonne allure en moins de 2h, j’arrive à Nîmes et vise la Tour Magne évidemment, je passe par de petites routes et me retrouve sur la rue du Tire-cul qui porte le nom de l’infrastructure dont il faudrait l’équiper ! La vache ! Cela monte sec, un vrai Koppenberg ou les figuiers remplacent les chênes et un bitume infâme, les pavés mais les pourcentages y sont corsés par l’ajout de la circulation des voitures dans les deux sens ! Heureusement même si cela parait long, c’est violent mais court ! Et me voilà devant la Tour Magne !

Vestige romain d’où quelques siècles nous contemplent !

C’est joli je ne connaissais pas Nîmes j’y étais passé 5 minutes une fois. Là J’ai le temps il est midi ce jeudi 12 septembre j’ai rallié Melun à Nîmes j’ai fait 535 km sur la Trace du BRM défi de Tourmagne et 300 km sur la route d’Issoire à Nîmes. Je n’ai pas validé le BRM mais j’ai fait ce que je m’étais promis

Il me reste à enchaîner avec le second défi !

Après quelques tour de roues pour visiter Nîmes, les arènes la maison carrée je prends un billet de TER pour Marseille avec place vélo et j’ai même le temps de déjeuner au soleil ! A 17h je suis à Marseille ou je retrouve ma cousine qui m’offre l’hospitalité pour la nuit et une soirée avec ses copines ou je suis le seul mâle. Rigolo !

Ce jeudi soir à Marseille le vent souffle tellement fort qu’en vélo j’ai peur, la température à cause de lui a chuté de 10 degré et il fait froid au point ou je sors ma doudoune pour la 1ère fois depuis Melun !

Ceci me préoccupe car le Mistral a pour conséquence de « glacer » l’eau à Marseille et si le vent ne se calme pas pas sur que je puisse nager samedi ? Déjà une rumeur urbaine qui sera confirmée le lendemain mentionne l’annulation de l‘ épreuve de nage libre à Marseille le MC18 et MC10, deux épreuves reliant Marseille à Cassis… à la nage une de 18km l’autre de 10km.

Je reste confiant la Ciotat est peut être préservé, le vent soufflera moins Vendredi ?

Vendredi matin, le vent a redoublé à Marseille. Je prends le train pour la Ciotat que je rejoins pour midi et prends ma chambre j’ai du bol elle est magnifiquement bien placée juste au dessus de l’arrivée et du village de Monte Cristo Challenge ! Je prends le bus et remonte à la Gare attendre ma femme d’un point de vue logistique c’est un sans faute !

En revanche le vent souffle vraiment bcp et désormais il faut scruter la page Facebook du Défi pour connaître leurs intentions, la nouvelle tombe dans l’après midi la décision de courir ou non sera prise le samedi matin à 7h ! C’est-à-dire à l’heure du briefing du 5km avec palme devant partir à 8h30 première course !

Nous avons la soirée avec ma femme pour une visite et un diner à la Ciotat ! Charmante village devenu ville qui gagne à être connue au demeurant !

Le lendemain, miracle la nuit le vent est tombé le soleil brille la mer est lisse tout semble parfait le seul souvenir que nous laisse le vent c’est une eau à température 13 degrés ! Je vous le dis c’est très froid ! Donc les organisateurs s’adaptent et réduisent les 5km à 4km ! Mon épreuve celle des 3,5 km reste inchangé comme les plus courtes du lendemain. Je m’enquiers maintenant de 2 choses sur le village des chaussons de nage, je n’ai pas droit aux gants et une cagoule que j’achèterais mais ne porterais pas par crainte qu’elle me coupe ou gène, en revanche je me fais donner 2 bonnets en silicone que je mettrais et qui feront le job ! A la fin on est saisi au début, froid aux mains beaucoup en attendant puis moins dès que la course est lancée et après le froid on l’oublie.

Je l’ai vécu maintes fois désormais, j’ai pris le départ d’évènements prestigieux impressionnants et qui peuvent impressionner mais rien ne fout autant les foies qu’un départ de natation en eaux libre, y a rien à faire ; les distances te paraissent impossible, le froid, le nombre de participants qui sont autant d’obstacles, l’eau, ta nudité relative face à un élément qui peut être hostile dangereux, en effet en natation tu n’as rien avec toi et un peu sur toi.

Et donc moi à chaque fois, je redoute ! Ce n’est pas une peur panique, mais c’est quand même de la peur, une crainte, une appréhension, une tension comme avant un combat tu es tout sauf serein ! Tu n’en mènes pas large !

Pour ce premier défi, ils ont bien fait les choses pour te tendre tu prends le bus jusqu’au port ou tous nous montons sur un bateau qui nous emmène devant l’Ile verte là nous sautons à l’au et nageons 100m pour nous éloigner des hélices et rester derrière deux bouées qui ressemblent à un départ de golf. Sauf qu’on est 250 gus dans l’eau à grelotter.

Et puis c’est parti tel un banc de poisson nous partons de l’île verte en direction du Bec d’Aigle et traverser le bras de mer qui sépare l’île du Port là nous devrons passer une bouée par sa gauche puis longer la longue jetée des chantiers navals et repiquer en passant une 2nde bouée toujours à gauche encore et longer la côte vers une troisième bouée que nous devons contourner par la droite et sprinter (pour ceux qui peuvent) vers la plage et l’arrivée.

Dans ces courses, ma stratégie est toujours la même : partir sur un côté pas trop fréquenté et prendre un peu plus large même si je nage plus de mètres je nage mieux sans le stress des mains dans la figure, des coup de pieds et des collisions entre nageurs.

Je ne déroge pas à ma règle et mes premières coulées sont fluides je me sens bien, l’eau est froide mais elle est cristalline, claire, le bleu passe du turquoise au marine avec une alternance ravissante et même si les kayakistes m’enjoignent de reprendre le sillage du troupeau car je m’éloigne un peu, je suis bien ! La traversée de la passe est plus sportive, il y a du courant dans un sens et un courant d’air « vatturi » dans l’autre la nage devient plu sportive mais cela ne dure pas déjà nous longeons la jetée, il est temps de trouver son rythme et un cap c’est dans ces moments que se perdent les courses en eau libre, je nage bien mais au 2e km, j’accuse un peu le coup j’ai dévié je dois revenir au cap et surtout reprendre un rythme ce que je fais je pense pas mal j’ai le sentiment d’avoir pas mal doublé j’ai malheureusement un peu dévié du cap idéal mais je progresse et après la dernière bouée je retarde mon sprint pour les 50 derniers mètres ou j’essaie de sauter des concurrents et respecter la ligne, j’y arrive pour quelques d’autres sont dans le même état d’esprit et résistent… puis c’est fini je suis arrivé sur la plage ma femme crie et s’est fait passé le micro de l’animateur j’arrive comme une star ! Sous les hourras et avec la déclaration d’amour de ma femme et le regard amusé et admiratif de ma cousine qui est venu me voir ! Magique formidable ! Je suis content j’ai bien nagé ma femme me dit que j’ai fait vite très vite et que je suis bien placé, je mesure son admiration mais doute j’ai bien nagé mais je sais que les premiers enquillent la distance en moins d’une heure, j’ai mis 1h15.

J’ai beaucoup aimé cette expérience de nage, c’était encore plus beau qu’à Marseille en 2015 ou j’avais mis 1h34 pour les 5 km et terminé le Monte Christo Challenge original. C’était il y a 9 ans, à la vitesse de 2024 les 5 km m’auraient pris 1h45.

J’ai certes souffert sur la fin de crampes dues à la vasoconstriction créée par la température de l’eau mais honnêtement c’était une belle expérience. Et un excellent week end au soleil est venu ponctuer et clore une magnifique semaine dehors à prendre l’air !

Épilogue : les résultats sont tombés 54e au scratch sur 150 partants dont 10 abandons mais 1er de ma catégorie Master 3 masculin !

Il me reste a refaire le BRM Challenge de Tour Magne complètement et dans les temps et m’inscrire sur le Challenge Monte Cristo 5 km partant le dimanche l’année prochaine et pourquoi pas inventer et fédérer quelques aventuriers pour ce “Double Challenge”

Philippe Semidei

le 3 octobre 2024.

 

Newsletter-Registrierung

Verfolgen Sie die Neuigkeiten über den Challenge du Tourmagne! Die Rubrik ‚News‘ ist aktuell leider nur in Französischer Sprache.

Newsletter-Registrierung

Verfolgen Sie die Neuigkeiten über den Challenge du Tourmagne! Die Rubrik ‚News‘ ist aktuell leider nur in Französischer Sprache.